Méfiez-vous des euphémismes délétères !
L’euphémisme, cette atténuation de la pensée, ce recours, comme le dit l’étymologie à un « mot favorable » (eu-phémismos) à la place d’un mot de « mauvais augure », à la place d’une expression directe qui serait « jugée vulgaire, brutale » dit le dictionnaire Robert. Précisons: qui serait surtout jugée trop claire, explicite, donc politiquement incorrecte, par conséquent proscrite et remplacée par une périphrase diluante !
D’où aujourd’hui, à une époque de pensée unique obligée, de politiquement correct plus que généralisé, intériorisé, de manipulations de toutes sortes, d’ingénierie sociale débridée, (dernière étape avant une censure désormais clairement assumée…), d’où cette pléthore envahissante d’euphémismes en tous genres (« plan social » pour ne pas dire « plan de licenciement »; « zone de sécurité » pour ne pas dire « territoire occupé » ( discours d’Israël) ; « ajustements structurels » pour ne pas dire « baisse des salaires »; « transfert de compétences » pour ne pas dire « abandon de souveraineté »: « société ouverte » pour ne pas dire « société inégalitaire »; « opération de maintien de la paix » pour ne pas dire « guerre »; « plan de sauvetage » pour ne pas dire « mise sous tutelle »… la liste est longue, inépuisable!…
Dernier en date d’une très longue série : « aide à mourir » pour ne pas dire « euthanasie », sans compter que ce mot même d’ « euthanasie » (« eu-thanasia » ou « mort douce ») est lui-même un considérable euphémisme pour éviter de dire: « meurtre » ou « assassinat »!
Or il serait bon de s’inquiéter d’un si constant et abondant usage de l’euphémisme, pratique si courante en période génocidaire. Il serait bon, à cet égard, de se pencher sur les pénétrantes analyses qui ont été faites par Viktor Klemperer des nombreux euphémismes créés par le nazisme qui ont constitué un langage, donc une pensée insidieusement distillée: À la place d’ « extermination » on parlait de « solution finale », plutôt que « mort par gaz » on parlait de « traitement spécial », le mot « transfert » remplaçait celui de « déportation »… Ainsi « le nazisme, dit Klemperer, s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. »
L’euphémisme confine au déni , un pas de plus et c’est l’inversion sémantique orwelienne! Comme l’ont pratiquée les bourreaux argentins qui avaient baptisé le couloir menant aux salles de tortures « le chemin du bonheur »!
Euphémisme ou disparition progressive du sens , à l’image de ces « desaparecidos » (disparus) argentins, opposants politiques enlevés illégalement et assassinés , ainsi désignés par cet euphémisme qui signe une forme de négationnisme!
Oui, méfions-nous de tous ces euphémismes délétères en cette époque elle-même si délétère !…